Par Patrick Faugeras, préface du catalogue d’exposition « Serai-je vivant demain plutôt qu’aujourd’hui ? »

Cette obscénité que la nudité révèle.
Ce qui d’abord nous étreint, c’est un sentiment d’abandon, un abandon qui serait bien plus ancien et bien plus essentiel que celui que l’on éprouve devant des lieux soudainement désaffectés avant que ne s’installe en soi définitivement la conviction qu’aucune existence n’a pu prendre fond de cet espace désolé.
Une rumeur semble encore imprégner et sourdre des couloirs désormais déserts, jonchés de détritus, comme un écho à cet affairement désoeuvré dont le rituel imperturbable ne servait qu’à scander le temps de l’éternité asilaire.
Pourtant les signes qu’un monde s’est, ici, essayé à naître parce que des hommes le voulaient, l’ont imaginé, conçu et imposé à ce bout de terre lozérienne, persistent encore de-ci de-là, évidés toutefois de toute signifiance.
Ils ont imaginé un monde sans s’apercevoir cependant, et malgré toute leur sollicitude et leur grande ingéniosité, que le monde qu’ils concevaient était déjà fini, ou plutôt parce qu’ainsi conçu, ne pourrait jamais naître.
Ces cathédrales de misère, jamais effleurées par l’aile du sacré, aucune énigme n’étant venue ombrer ou alourdir le plissé de leur robe, bruissent encore d’obscures intrigues et de faux secrets chuchotés.

Seule la nudité, et la pudeur qui de toute façon l’enveloppe, est à même, comme l’on cligne des yeux face à la pleine lumière, de révéler la commune obscénité des corps réifiés.
Un regard, que l’on croit averti ou que l’on dit savant , plutôt lointain pourtant, autrement dit scrupuleux et distrait à la fois, d’un seul de ses mouvements dépouille l’intimité de toute sa réserve.
Le grain de la peau est le grain de la pierre est le grain de la peau est le grain de la pierre.
Le grain de la photo est le grain de la peau.