Je (ne) suis !

Reflet de l’identité, le portrait capte l’âme d’une personne, à travers les contours de ses doutes, les traits de son caractère, la substance du temps, les plis de ses émotions jusqu’à entrevoir la souffrance ou la folie. Sans masques, le visage se propose nu aux regards. Dans cet état de vulnérabilité, l’être intime échange avec le monde extérieur.
Les yeux fixés sur l’objectif de l’appareil photo, les pensionnaires de l’hôpital se laissent capturer sur la pellicule argentique. Les postures sont figées presque irréelles durant l’instant du déclencheur dévoilant les singularités des êtres. L’absence de sourire renforce l’intensité des expressions et effleure les troubles psychiques. La rencontre avec ces portraits est intensive et fascinante, évoquant l’inquiétante étrangeté d’un intime déchiré. La lumière hors du temps avec des contrastes en clair obscure convoque la peinture d’un autre siècle. Au-delà de cette institution qui renferme la folie, le corps s’ouvre au monde par le battement d’une fenêtre, les rayons du soleil qui envahit toute la pièce ou encore l’ombrage d’un arbre qui se projette sur le mur de pierres immuable. Le portrait et le paysage se complète. En diptyque, l’identité s’esquisse dans cet espace de liberté qui échappe au raisonnable.
À travers leur rencontre avec la photographe Soraya Hocine, les résidents de l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole ont délivrés une image de soi, une image de leur personnalité. Au cours d’un atelier, l’artiste a proposé plusieurs langages du portrait, en exploitant le dessin puis l’appareil photo jetable. Dans cette recherche d’expression de soi, l’attitude, les reflets dans un miroir et les cadrages sont autant de détails qui éclairent sur l’être, sur le je. Telle une mise en abyme de ce je(u), le regard de l’artiste s’empare de ces modèles pour les amener vers une autre esthétique, plus picturale et révélatrice, intrinsèquement plus proche d’elle. Dans le regard de l’autre, se cache la part secrète du photographe.
Le livret de l’exposition publié aux Editions de l’appartement met en face à face ce jeu de portrait, cette démultiplication de son individualité.
De visage en portrait, l’identité de chacun se dévisage jusqu’à l’autoportrait.
Dans cet échange avec autrui, l’identité se construit, se questionne, se définit au fil des images et des mots. Le visage met en vis-à-vis, c’est le lieu de la confrontation à notre propre reflet… L’artiste déambule entre l’absence et la présence, entre l’intime et l’extime, entre la raison et la folie.